ZOOM OPINIONS

L’art fast food

 

On nous vend des sandwishs !!

« – Complet ?

– oui

-Salade, tomates, oignons ?

– heu oui…

– Quelle sauce ?

– Sans sauce, merci

– Une boisson avec ?

– heu… non

– C’est prêt dans 2 minutes»

L’Art d’aujourd’hui se résume un peu à ça.

Parfois, c’est même pire :

« – Je vais prendre un menu M12 à emporter »

ou même

«  un big truc, une moyenne frite, un sundae et un petit soda ! On a une promo sur le menu XXL, ça vous intéresse ? »

Nous mangeons très mal, nous le savons mais nous y retournons. C’est pratique, rapide et sans surprise.

Ainsi en va-t-il de l’art, en particulier des arts visuels. Nous pouvons nous poser la question du pourquoi : l’ensemble de notre société est-elle aujourd’hui en mesure de comprendre ce que l’art nous apporte au quotidien ?

Sommes-nous en mesure de voir que l’on nous sert une forme de non-art, habilement dissimulé sous des sauces variées, mais qu’au final, nous avons toujours la même chose, à savoir un simple sandwich graisseux qui nous rassasiera à peine quelques heures ?

Cela soulève d’autres questions ; alors qu’autrefois les élites dirigeantes étaient sensibles à l’art (peinture, sculpture, littérature, musique, danse) et en faisait la promotion, nos dirigeants contemporains semblent aveugles à toute forme de création si celle-ci n’est pas source d’un profit (essentiellement financier) important.

À partir du début du XXe siècle, les artistes se sont évertués à détruire le côté formel de l’art pour, croyaient-ils, atteindre l’essence suprême de la création. Ils ont réussi la première phase, mais ont-ils atteint leur but ?Aujourd’hui, les classes dirigeantes achèvent ce travail en réduisant la création artistique à un produit merchandisable, en assurant la diffusion outrancière de superstars de l’art contemporain dont ils achètent les œuvres – bien souvent dénuées de tout intérêt artistique – à des prix exorbitants et en tentant d’expliquer aux créateurs écartés de ce circuit officiel que l’art doit être accessible et achetable par tous.

Non, l’art ne doit pas être achetable par tous. Imposer aux artistes, qui travaillent avec acharnement dans des conditions trop souvent déplorables, de vendre à bas prix des œuvres dans lesquelles ils mettent leur tripes, leur vie même, est à la fois absurde et contre-productif. Pour assurer des prix bas, les artistes produisent des œuvres à la chaîne avec un souci de rentabilité rarement atteint. Cela se fait évidemment au détriment du sens. Quant à la forme, ma fois, du moment que le sandwich est agréable à l’œil, tout va bien.

Mais allons, allons, il reste encore des créateurs – et heureusement pas que des jeunes – capables de produire des œuvres picturales riches de sens et formellement jouissives. Pour les trouver, il suffit d’accepter de remettre en question ce que l’on croit savoir sur l’art contemporain.

T. MERLANT

 
 

A propos de l’auteur :

Peintre plasticien français, Tâm MERLANT, dit simplement Tâm, a cherché pendant une vingtaine d’année à réinventer la peinture en tant que moyen d’expression artistique résolument contemporain.

Déçu de l’état de la création artistique en France, il a mis fin à sa carrière artistique en 2017.

 
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