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Les limites de l’art

Je vais essayer de me rapprocher de quelques unes des limites de l’art, de ce qui le légitime, où il s’achève, et sous quelles conditions il peut exister.
En 1863, Edouard Manet (1832-1883) exposait au Salon des rejetés du Salon officiel à Paris. A cette époque, l’art se légitimait par le rejet des canonsde l’art officiel.

J’ai choisi 3 oeuvres de 3 artistes à différentes dates de l’époque contemporaine  : 

1.Marcel Duchamp (1887-1968), Fontaine, 1917.

Exposé à la Société des Artistes indépendants de New York.
Duchamp nous fait définitivement réfléchir à l’essence de l’objet  et au contexte comme concept. Ses Ready-made nous éveillent à une nouvelle conscience du contexte de l’art et à un autre regard sur l’objet.
Son action sur cette oeuvre, plus connue comme « l’urinoir », consiste à renverser un objet banal pour le transcender au travers du contexte artistique.

2. Alberto Greco (1931-1965), VIVO-DITO, 1963

Alberto Greco a marché sur les traces des Ready-made de Duchamp avec sa série Vivo-Dito. Signalant avec un cercle de craie sur le sol la présence de l’art, l’artiste va à la rencontre de l’objet artistique. Celui ci ne se déplace pas, mais continue d’appartenir à son contexte originel, n’existant qu’au travers de la signature de l’artiste. Ainsi, les passants de Piedralaves (Ávila, 1963) choisis par Greco, revendiquent par leur contexte leur statut d’oeuvre d’art. Alberto Greco décide où réside la démarche artistique, faisant tomber par ces oeuvres, à sa manière, les frontières entre l’Art et la vie.

3. Maurizio Cattelan (1960), The Comedian, 2019

Cattelan, avec sa sculpture/installation The Comedian, exposée en 2019 à la foire internationale de l’art contemporain de Miami Basel, nous pousse à nous interroger sur ce que nous regardons.Nous regardons une banane scotchée sur le mur d’un stand de foire. Avec cette ironie acide, il nous montre que ce que nous admirons comme de l’art dans une foire est en fait une banane scotchée sur un mur. Et le marché de l’art légitime ce geste en faisant payer 120.000 € pour un de ces exemplaires

Avec ces 3 exemples, nous avons 3 scenarii différents de légitimation de l’oeuvre d’art : dans le cas de Duchamp, c’est le déplacement du contexte de l’objet qui converti l’urinoir en art, dans le cas des Vivo-Dito d’Alberto Greco, c’est l’artiste qui indique où se trouve l’art et dans le cas de Maurizio Cattelan, c’est le contexte du marché de l’art qui fait que regarder une banane sur un stand de foire d’art contemporain, devient de l’art.

« Chaque fois que je bats un record, je suis horrifié », commente le peintre Gerhard Richter, à propos de l’augmentation continue de la valeur de ses oeuvres, ainsi que de son incapacité à en baisser les prix. Selon lui, le marché est tout puissant et définit les limites actuelles de l’art contemporain. L’artiste est balayé par la vague incontrôlable qui côte son oeuvre. 

Est-ce la fin de l’indépendance de l’art et des artistes comme propriétaires de leurs propre oeuvre ? Est-ce le marché actuel, une sorte « d’environnement » qui légitime l’art de notre époque ?

Je crois que le monde a montré des signes de changement qui nous oblige à admettre de nouveaux contextes ou de nouvelles scènes.

Internet et les réseaux sociaux sont comme une agence active permettant de communiquer sur ses oeuvres ou de les vendre. Les artistes présentent directement leurs reproductions sur les réseaux sociaux et ont accès à un large public à partir de ces images.

Ce public commence à s’habituer à regarder les images et à reconnaître les oeuvres des artistes pour les comparer ensuite avec les originaux. Chaque jour, apparaissent de nouveaux sites web- avec des galeries virtuelles exposant les oeuvres des artistes. L’ironie du sort étant que le confinement favorise ce rapprochement à l’art.

Nous verrons comment vont évoluer ces moyens de communication sur l’art. Nous verrons aussi quelle forme d’art génère le confinement et la suspension temporaire de la grande majorité des manifestations artistiques provoqués par la pandémie du coronavirus.

Martín Reyna
Paris, 27 mars 2020
www.martinreyna.net
Photo : Reinaldo Hingel

Apologie de la lenteur

4 avril 2020

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